Comment assurer sa fonction de tuteur en entreprise ?

En 2020, contrairement à ce que l’on pourrait croire, la Covid-19 et le confinement n’ont pas freiné la progression, amorcée en 2015, de l’alternance en France. Ce mode de formation qui articule acquisition de connaissances théoriques en centre de formation et période de travail en entreprise a connu une hausse historique de 40 % malgré la crise sanitaire. Ce bond a été notamment favorisé par les primes incitant au recrutement d’apprentis, mises en place par le gouvernement en juillet 2020. Face à cet afflux, le rôle des tuteurs dans la réussite de l’accompagnement et l’intégration des alternants apparaît encore plus crucial.

Une arrivée qui se prépare
Il n’y a rien de pire pour un alternant que de se rendre compte que vous n’avez pas anticipé sa venue. En amont, vous aurez donc pris soin de prévenir vos équipes et les collaborateurs susceptibles de travailler avec lui. Avant de réfléchir au savoir que vous lui transmettrez, renseignez-vous auprès de son centre de formation des apprentis (CFA) pour connaître le contenu de son enseignement (des sessions spécifiques existent souvent à destination des tuteurs).
Vous êtes prêt pour lui constituer un petit dossier d’information sur l’entreprise, lui préparer un espace de travail et l’accueillir personnellement le jour J pour le présenter vous-même à ses nouveaux collègues. Mis à l’aise, l’alternant n’en sera que plus reconnaissant et motivé, ce qui est à l’avantage de tous.
ĂŠtre et rester un tuteur disponible
Parmi les règles légales fixant le rôle de maître d’apprentissage, il y a celle établissant qu’un tuteur ne peut encadrer en même temps plus de deux alternants (et éventuellement un redoublant). Cette limite est destinée notamment à vous garantir un temps suffisant à consacrer à cette fonction. L’enjeu est de taille : il faut que vous soyez dans une disponibilité bienveillante et permanente tout au long de la formation : pour les premiers jours, lors des moments importants de l’alternant ou encore pour son entretien annuel. Vous devez vous souvenir de celui que vous étiez à leur âge, inexpérimenté et souvent en questionnement, pour transmettre avec pédagogie vos compétences professionnelles.
Adapter l’apprentissage aux impératifs de l’alternant et du tuteur
On vient de le voir : la disponibilité du maître d’apprentissage est une donnée importante. Pour vous y aider, la loi vous autorise à prendre le temps nécessaire avec des plages horaires dédiées pour suivre et accompagner votre apprenti. Si besoin est, vous pouvez même répartir cette fonction tutorale sur d’autres collaborateurs, tout en demeurant le référent auprès des trois autres acteurs : l’alternant, le CFA et votre entreprise.
De la même manière, vous devez veiller à l’adaptation du travail demandé à l’apprenti par rapport à ses jours de présence. Inutile de lui demander d’assister à une réunion si elle est prévue un jour où il est en cours à son CFA. C’est le rôle du tuteur de s’adapter à ce type d’impératifs.
Élargir les tâches de l’alternant
Votre apprenti n’est pas là pour être cantonné aux besognes les plus ingrates. Il s’agit pour lui d’acquérir concrètement la vision la plus large possible des différentes facettes du métier. Il est nécessaire de lui confier des missions qui approfondissent sa découverte de ce qui constituera son futur travail. Rappelez-vous que son contrat d’apprentissage a pour finalité l’acquisition de gestes et postures qui sont l’aboutissement de son savoir théorique. Là encore, c’est un rapport gagnant-gagnant : il n’est pas rare qu’un apprenti bien formé enrichisse à son tour son maître d’apprentissage par ses idées et propositions.
Des avantages pour l’entreprise et le tuteur
Si la production de l’alternant n’est pas une fin en soi, force est de constater que sa motivation et sa capacité à apprendre rapidement en font à terme un salarié aussi productif qu’un autre. Voilà une contrepartie qui n’est pas sans intérêt pour votre entreprise. Mieux : si le carnet de commandes le demande, elle s’évite un recrutement long et aléatoire en embauchant, à l’issue du stage, en CDI une personne immédiatement opérationnelle et possédant la culture d’entreprise.
Quant à vous, le maître d’apprentissage, votre expérience vous apportera satisfaction personnelle et fierté quant à la transmission de votre savoir-faire. S’il n’existe pas d’obligations légales, votre entreprise peut néanmoins déclarer votre activité tutorale sur le portail de l’alternance. Vous pourrez ainsi recevoir via le compte d’engagement citoyen (CEC) une prime au titre de votre compte personnel de formation (CPF). Enfin, vous pouvez obtenir une certification relative aux compétences spécifiques de tuteur/maître d’apprentissage par équivalences (dans certains cas) ou en passant un examen.